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26/06/2008

Du gaullisme et de son actualité: Jean Charbonnel

Le Figaro, 26/06/2008


Est-il possible à un gaulliste survivant de la période gaullienne de notre histoire, de formuler un jugement sur la situation actuelle de la France ? Je crois pouvoir le tenter, au nom des vingt-cinq ans de fidélité qui m'ont permis de participer à l'oeuvre du Général. Je sais bien que de Gaulle est mort il y a trente-huit ans et que la France de 2008 est profondément différente de celle des années qu'il avait marquées de sa puissante empreinte : il reste que son souvenir demeure fort dans l'opinion et que la référence à son action ne cesse d'être sollicitée.

Il est donc naturel qu'un gaulliste social exprime, lui aussi, son sentiment à cet égard, sans prétendre, bien entendu, à aucun privilège, puisque l'héritage de Charles de Gaulle, désormais indivis, est devenu, à un titre ou à un autre, le bien commun de tous les Français.

Pourquoi beaucoup de nos amis se sont-ils prononcés en faveur de la candidature de M. Sarkozy à l'élection présidentielle ? Je n'ai pas à rappeler qu'il avait été le seul des principaux protagonistes à se recommander explicitement de l'exemple du fondateur de la Ve République et à manifester à la fois un désir de rupture avec l'engourdissement du pays lors des précédents septennats et une volonté de réformer en profondeur les structures de la nation, afin de lui rendre l'élan qu'elle avait perdu.

Allons à l'essentiel, c'est-à-dire aux problèmes majeurs qui s'imposent au pays : la mise en oeuvre des réformes promises ; l'évolution des institutions ; la politique extérieure et de défense de la France.

Nous évoquerons brièvement les réformes, si nécessaires pour rétablir l'équilibre économique et social du pays, en exprimant seulement le voeu qu'elles se fassent dans l'équité, en s'inscrivant dans le grand courant du changement qui avait caractérisé les meilleures années de notre République, de Michel Debré à Jacques Chaban-Delmas. Tant il est vrai qu'il importait déjà, et qu'il importe toujours, que la France « épouse » pleinement son siècle. Quant aux institutions, dont la révision a été rendue indispensable par l'instauration - que nous avons vivement regrettée - du quinquennat, nous constatons que le premier acte du débat vient de se jouer : il appartiendra à la représentation nationale de lui apporter, en accord avec le gouvernement, la conclusion qui lui paraîtra utile à la nation. Pour notre part, nous ne pouvons que souhaiter que les modifications envisagées ne permettent pas un retour inopiné à un pouvoir parlementaire qui paralyserait l'exécutif. Car nous sortirions alors de la logique de la Ve République. Enfin, nous portons, pour des raisons étroitement liées à l'idée que nous nous faisons de la France, une attention particulière aux problèmes de politique étrangère et de défense. De l'Afrique à la Chine, sans oublier le Québec, ils sont immenses. Nous n'insisterons que sur ceux qui concernent la construction européenne.

Nous avons pris acte, sans joie, du traité de Lisbonne - toujours contesté mais assurément meilleur que celui de Nice et que le projet de Constitution européenne que nous avions rejeté parce qu'il impliquait un fédéralisme que nous avons toujours refusé. Nous avons maintenant le sentiment que la prochaine présidence française de la Communauté européenne sera ardue, ne serait-ce qu'en constatant l'opposition persistante de l'Allemagne à une quelconque inflexion du mandat de la BCE et au projet d'Union méditerranéenne, pourtant positif et fécond. Il nous semble donc indispensable que, sans oublier la nécessité d'une concertation avec ses partenaires, la France rassemble toutes ses forces pour gagner cette épreuve, alors que la création d'une présidence stable de la Communauté et l'élection prévue du président de la Commission par le Parlement européen risquent de créer de redoutables conflits de légitimité pour demain.

Ces quelques réflexions ne sont pas dictées par le désir d'un impossible retour à un âge d'or révolu ; l'enfermement dans le passé n'a jamais permis de construire l'avenir, pas plus que la politique du pire, dont certains ont encore la nostalgie. Pour notre part, nous gardons notre confiance à un pouvoir émanant du suffrage universel, source de toutes les légitimités. Nous le disons et le dirons sans complexe ni complaisance.
«Nicolas Sarkozy a été le seul à se recommander explicitement de l'exemple du fondateur de la Ve République et à manifester un désir de rupture avec l'engourdissement du pays»

 

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