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17/06/2010

Que reste-t-il du gaullisme? Denis Stéphane

Valeurs Actuelles, 17/06/2010


Du général de Gaulle, il reste l’horizon de notre mémoire publique. Il ne semble pas qu’elle remonte au-delà. Partout, on le révère; ceux qui l’ont combattu les premiers et qui, quand ils étaient jeunes, réclamaient son départ à grands cris. Du gaullisme, que reste-t-il ? D’abord des institutions. En apparence, elles sont les mêmes. La primauté de l’exécutif, la subordination du Parlement, l’absence de responsabilité du chef de l’État : ce sont des principes inchangés. Elles font de l’élection présidentielle le grand moment de notre vie politique. Tout en procède.

Ensuite, une position dans les affaires du monde. La France était au nombre des vainqueurs. Elle le doit au général de Gaulle, à son combat solitaire à Londres. Victoire toute politique peut-être, mais victoire tout de même qui nous a permis de siéger au Conseil de sécurité de l’Onu et d’être considéré comme l’un des cinq grands. Vu d’où nous venions, ce n’était pas mal. Enfin une réforme morale et intellectuelle de l’État, une longue – dix ans, en France, c’est long – période d’efforts et de prospérité dans la foulée du travail accompli par la IVe République qui est un régime méconnu et injustement décrié.

C’est beaucoup. Mais au-delà des apparences, il y a la réalité. Les institutions ont été tordues dans tous les sens au hasard des contingences qui accablaient ses lointains successeurs après Valéry Giscard d’Estaing. La cohabitation en a sonné le glas en associant des forces contradictoires qui s’empêchaient l’une l’autre de fonctionner. Le raccourcissement du mandat de sept à cinq ans, la disparition actuelle du premier ministre, la part de plus en plus prépondérante des mécanismes de Bruxelles ont modifié l’usage et l’influence de textes qui, comme tous les textes, valent pour leur interprétation. On peut être pour, on peut être contre; peu importe: disons que ce n’est pas la même chose.

Dans les affaires du monde, la France agit toujours selon les principes du gaullisme: elle possède sa propre dissuasion nucléaire, elle appartient au bloc occidental, elle a des relations directes avec les autres puissances. Elle a rejoint l’organisation militaire de l’Alliance atlantique, mais il y avait longtemps qu’elle y était retournée de fait et tout ce que l’on peut regretter, c’est que ce retour formel ne nous ait rien rapporté. Plus importantes sont les conséquences de notre imbrication dans l’Union ; mais comme celle-ci n’a pas de politique étrangère, pas plus que d’exécutif digne de ce nom,on peut dire que rien n’a changé. Bien sûr, notre économie est à présent largement une affaire partagée et notre libre arbitre est diminué d’autant ; mais le gaullisme était favorable au Marché commun, dont nous procédons. C’est plutôt notre importance qui a diminué, nos positions qui se sont défaites, la concurrence qui s’est établie. Avec ou sans le gaullisme, il en eût été de même et, sur ce plan-là, Nicolas Sarkozy n’est pas plus ni moins gaulliste que ceux qui songent à relever l’étendard contre lui; c’est le monde qui ne l’est plus.

C’est sur le reste, le général, l’indéfinissable, le comportement, le genre, le style, que le gaullisme semble vraiment trancher avec les moeurs d’aujourd’hui. La nostalgie de l’âge d’or s’est installée dans l’imaginaire public et privé. La réputation du gaullisme en est sortie grandie, magnifiée à l’image des anciens Romains, alors que, longtemps, dans ce même imaginaire – il suffit d’avoir lu les livres, les journaux qui en parlaient–, il était aussitôt identifié à l’affairisme (souvenons-nous du “gaullisme immobilier”) ou à l’abus du pouvoir personnel, quand ce n’était pas à la mainmise d’une bande, d’un clan, sur l’appareil d’un État qui passait, mais oui, pour policier. Que le général de Gaulle ait été le désintéressement personnifié, que la Ve ait été sévère et altière, que tout cela ait eu de l’allure, voilà ce qui revient dans tous les commentaires des médias. De ce point de vue, c’est la société qui a changé, et le gaullisme en est paré de vertus antiques. Il est juste de dire qu’elles font défaut dans la France de 2010, et que le gaullisme, dans son armure de fer, brille de l’éclat terni d’un retour impossible.

 

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