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18/06/2010

"Il y a eu un gaullisme mitterrandien": Jean-Louis Debré

Entretien publié dans Le Monde (Françoise Fressoz et Thomas Legrand), 18/06/2010


- Qu'est-ce que le gaullisme aujourd'hui ?

Une passion. La passion de la France, de l'Etat, de la République.

 

- N'importe quel homme politique pourrait répondre la même chose que vous.

Soyons clair. Le vrai gaullisme, c'est celui de De Gaulle et de ses compagnons, celles et ceux qui ont fait le chemin de la Résistance, de la reconquête, de la reconstruction, de la traversée du désert et qui - on l'oublie trop - ont remis la France en marche.

Après, il y a eu un gaullisme pompidolien, un gaullisme mitterrandien, un gaullisme chiraquien.

 

- Vous vous arrêtez là ?

Je suis président du Conseil constitutionnel, et par conséquent je n'ai pas l'intention de commenter la vie politique actuelle. Pour juger un homme, un régime politique ou une action, il faut prendre un peu de recul. C'est ce que je fais.

 

- Vous évoquez un gaullisme mitterrandien. François Mitterrand était pourtant le principal opposant du général de Gaulle...

Naturellement, il a été l'adversaire de De Gaulle. Mais je constate qu'il a parfaitement respecté la Constitution de la Ve République, qu'il avait une certaine idée de la France et du rôle de la France dans le monde et qu'il a essayé de construire un Etat centré sur ses missions régaliennes. Il y avait chez Mitterrand une conception de la France qui m'intéresse.

 

- Quels sont vos souvenirs personnels du général de Gaulle ?

J'avais 14 ans. Une fois par an, on allait déjeuner chez le Général. C'était pour moi une épreuve, car le Général se renseignait sur nos carnets scolaires, et le mien n'était pas particulièrement bon. Donc j'avais droit à : « Il faut que tu fasses un effort en histoire »... « Sois plus attentif à l'école, et quand tu reviendras, tu me rendras compte. » Ce qui me mettait dans des situations impossibles. J'avais très peur.

 

- Et du 18-Juin ?

Chaque année à cette date, mon père emmenait ses enfants au Mont-Valérien. Avant 1956, ça se passait dans la crypte des fusillés. C'était la traversée du désert. Il y avait peu de monde. Et de Gaulle passait de rang en rang, serrant les mains. J'avais 10 ou 12 ans, il me tapait sur la joue. C'était une cérémonie des compagnons, des fidèles.

Et puis 1958 arrive, et tout d'un coup on trouve beaucoup de monde, des préfets, des hommes en uniforme, des officiels, les mêmes qui probablement avaient critiqué de Gaulle avant, les mêmes qui avaient servi ceux qui s'étaient opposés à lui. J'ai eu le sentiment ce jour-là qu'on m'avait volé mon 18-Juin.

 

- Le général de Gaulle payait ses factures d'électricité à l'Elysée... Ne faudrait-il pas remettre un peu d'éthique dans la politique ?

La génération des gaullistes historiques avait des valeurs et les défendait. Ils avaient vu leurs camarades tomber au combat et avaient la volonté d'être respectueux de leur mémoire. La façon de faire de la politique a changé. Ce n'est pas un jugement, c'est une constatation.

 

- Le président du Conseil constitutionnel cumule-t-il les revenus de sa fonction avec sa retraite de parlementaire ?

Tous les membres du Conseil constitutionnel ont plus de 60 ans. Les anciens politiques, les anciens fonctionnaires, ceux qui viennent du privé ou des professions libérales touchent la rémunération du Conseil, qui est fixée par la loi, ainsi que leur retraite, dans la limite d'un plafond. Mais, au Conseil constitutionnel, ils ne cotisent évidemment pas pour une nouvelle retraite. Les choses sont claires et transparentes.

 

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