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18/06/2010

Sarkozy revient aux fondamentaux du gaullisme: Charles Jaigu

Le Figaro, 10/11/2010


 

"De Gaulle ! Arrêtez avec de Gaulle !" Cette phrase, combien de fois Nicolas Sarkozy l'a-t-il prononcée ? Il y a encore deux ans, le président aurait encore volontiers signé des deux mains le Laissons de Gaulle en paix, publié en 2006 par Édouard Balladur. Avec l'ancien premier ministre, le chef de l'État a longtemps partagé l'agacement qu'on peut ressentir devant la statue du Commandeur. Mais depuis, la roue de l'histoire a tourné. Et Sarkozy a enfourché bien des chevaux de bataille du fondateur de la Ve : le refus d'une dictature des marchés, l'État fort et interventionniste, l'exercice jacobin du pouvoir.Pierre Mazeaud, président de l'Institut Charles-de-Gaulle, a connu Nicolas Sarkozy tout jeune député à l'Assemblée nationale. Il souligne l'importance de ses premières années au RPR, « chez Charles Pasqua ». Il s'est forgé au contact de ce fameux tempérament de la droite bonapartiste, à la fois autoritaire, jacobin, et populaire. « Le président a été très proche de Balladur, mais ce serait une erreur de croire qu'il est orléaniste », analyse l'un de ses conseillers. Mazeaud rappelle aussi le premier discours de Sarkozy, à Nice, en 1975. « Être gaulliste, c'est être révolutionnaire ! », avait lancé le tout jeune orateur, en jetant un frisson dans la salle endormie.Selon Mazeaud, le chef de l'État a bien des « réminiscences » de gaullisme. Il cite en exemple son initiative pour stopper l'intervention en Géorgie. « Il a des lueurs de gaullisme », confie encore l'ancien président du Conseil constitutionnel.Et quand un sondage récent fait de Jacques Chirac le véritable héritier du gaullisme, les proches du chef de l'État lèvent les yeux au ciel et s'agacent que l'on compare « le style » du Général avec celui de l'actuel hôte de l'Élysée. « Le général aurait-il accepté, comme Chirac l'a fait, le cadeau d'un Rafic Hariri, en vivant dans un appartement qui n'est pas le sien ? », se demande un sarkozyste.

Les grandes orientations gaullistes de la Ve

Pourtant, Jacques Chirac a reçu son brevet de gaullisme en osant dire non à George Bush et à la guerre en Irak. « Ce fut un beau moment, mais le tempérament de Chirac est foncièrement radical-socialiste. Il ne croit pas autant que Sarkozy en la volonté politique », corrige Henri Guaino, « le » gaulliste de l'Élysée.En dehors de l'intégration complète à l'Otan, Sarkozy a en réalité rejoint les grandes orientations gaullistes de la Ve : le dialogue avec la Russie et la Chine, le choix de la relation franco-allemande. Seul le rapprochement avec les États-Unis a pu froisser les puristes. Ainsi, lors de sa dernière visite à la Maison-Blanche, Nicolas Sarkozy a affirmé, au cours d'une conférence de presse, qu'il « tenait au courant » Barack Obama de toutes les décisions prises. Une formulation qui a, un instant, donné le sentiment que la France cessait d'être « l'emmerdeuse du monde ». « Le monde a changé, et le gaullisme est avant tout un pragmatisme », objecte le sherpa du président, Jean-David Levitte. Une chose est sûre, selon ce dernier : « Nicolas Sarkozy a retrouvé les grands piliers de la politique du Général », le premier d'entre eux est la construction européenne. « De Gaulle n'a jamais fait le choix de fermer les frontières. Il a fait le choix de l'Europe. » Au risque de froisser les gaullistes souverainistes, l'inspiration gaullienne du chef de l'État n'est pas souverainiste. Elle est européenne.

 

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